3. Parc du Cinquantenaire đŸ

L’importance des lichens


Vous trouverez ci-dessous l’audio ainsi que le texte de la promenade ! 
Bonne aventure !


Que pensez-vous ? Quelle est l’importance des lichens ?

Nous passons en face de lichens tous les jours sans nous rendre compte de leur présence. Mais pourquoi ces petits organismes nous importeraient-ils ?


Les lichens sont des espĂšces pionniĂšres – ils sont un lien entre l’animĂ© et l’inanimĂ©.  
Tout environnement change constamment. Ces changements sont en partie dĂ»s aux conditions climatiques, mais aussi aux communautĂ©s d’organismes qui composent l’environnement. Chaque ĂȘtre vivant est actif dans son habitat, il le change et est changĂ© par celui-ci. Dans des environnements dĂ©pouillĂ©s de toute vĂ©gĂ©tation comme un ancien volcan ou des pics montagneux, les espĂšces pionniĂšres comme les lichens, les mousses ou l’herbe, crĂ©ent de l’espace pour que d’autres espĂšces puissent coloniser ensuite.

Mais comment ?

Le penchant des lichens pour les rochers a littĂ©ralement changĂ© notre planĂšte. L’érosion des rochers par les lichens se fait de deux maniĂšres. D’abord, les lichens, avec les racines des mousses et des herbes crĂ©ent des crevasses dans les roches en poussant et grandissant. Ensuite, les lichens utilisent leur arsenal de produits chimiques pour digĂ©rer la roche. La capacitĂ© qu’a le lichen Ă  Ă©roder la roche le place dans la catĂ©gorie des forces physiques. Mais plus que ça, les lichens en mourant et en se dĂ©composant crĂ©ent un humus riche en azote et façonnent les premiers sols permettant plus tard Ă  d’autres plantes de pousser. Les lichens transforment l’inanimĂ©, comme les rochers, en les incluant dans le cycle mĂ©tabolique de la vie. Les lichens sont les liens entre ce qui est animĂ© et ce qui ne l’est pas, ce qui vit et ce qui ne vit pas.

Les lichens permettent donc Ă  des environnements de se former et prĂ©parent un habitat pour que d’autres plantes puissent ensuite les coloniser. Ceci peut ĂȘtre observĂ© dans tout environnement en phase de succession dynamique (voir schĂ©ma ci-dessous).  

Succession Ă©cologique. Les lichens et mousses crĂ©ent un habitat pour qu’une fĂŽret pousse Ă  long terme. Photo de LucasMartinFrey sur WikimĂ©dia, CC BY 3.0

Les lichens, habitants des environnements extrĂȘmes. Ils changent notre vision de l’espace et de la terre.

Nous sommes le 18 juin 2016, un module venant d’un vaisseau spatial atterrit dans les steppes du Kazakhstan. Les astronautes sortent, mais pas seuls. En dessous de leurs siĂšges se trouvent une centaine d’organismes dans une boĂźte. Parmi ces Ă©chantillons, il y a quelques espĂšces de lichens qui ont Ă©tĂ© envoyĂ©s dans l’espace pour un an et demi. Cette expĂ©rience faisait partie du consortium international d’astrobiologie nommĂ©e “Biology and Mars Experiment” (BIOMEX). Les astronautes avaient incubĂ© les organismes en dehors de la station spatiale internationale dans des conditions extra-terrestres. Plusieurs espĂšces tolĂ©rantes aux conditions extrĂȘmes ont Ă©tĂ© envoyĂ©es dans l’espace, dont des spores de bactĂ©ries, des algues et des tardigrades  (encadrĂ© 3). Quelques-uns de ces organismes peuvent survivre si ils sont protĂ©gĂ©s des radiations solaires, mais peu – Ă  part quelques espĂšces de lichens – peuvent vivre dans des conditions spatiales, exposĂ©es aux radiations des rayons cosmiques. En effet, lorsque les lichens sont revenus de l’espace, ils n’ont montrĂ© aucun signe de changements physiologiques ou dans leur activitĂ© photosynthĂ©tique qu’ils ont reprise 24 heures aprĂšs avoir Ă©tĂ© rĂ©hydratĂ©s.

CrĂ©dit: Micrographie d’un adulte Tardigrade de Goldstein Lab sur Wikimedia. CC BY-SA 2.0

Les lichens vivent dans des habitats trĂšs divers. Ils vivent sous les tropiques, dans nos rues, sur les arbres, sur les pavĂ©s, sur des colĂ©optĂšres, sur n’importe quelle surface
. Les lichens existent mĂȘme dans nos bouches. Ces lichens s’appellent lichens planus. Leur prĂ©sence est due au systĂšme immunitaire qui se retourne contre lui-mĂȘme en attaquant ses propres cellules. Des chercheurs ont aussi retrouvĂ© des lichens Ă  400 km du PĂŽle Sud et ils peuvent donc vivre en Arctique et en Antarctique.

Mais comment ces petits organismes peuvent-ils vivre dans des environnements si peu hospitaliers ?

Les lichens vivant dans ces rĂ©gions extrĂȘmes ont un bon nombre d’adaptations qui leur permettent de survivre. Ils peuvent continuer Ă  utiliser la photosynthĂšse comme source d’énergie tout en subissant des tempĂ©ratures proches de -20 °C. Les lichens peuvent absorber de l’eau d’un habitat saturĂ© et recouvert de neige. L’astuce des lichens est l’état de dormance et d’inactivitĂ© dans lequel ils rentrent quand les conditions ne sont pas bonnes. Ils arrĂȘtent la photosynthĂšse et peuvent recommencer lorsque les conditions sont Ă  nouveau favorables.

La tolĂ©rance impressionnante des lichens aux rayons solaires et autres Ă©toiles, Ă  la sĂ©cheresse, Ă  la chaleur et aux changements extrĂȘmes entre gel, dĂ©congĂ©lation et chauffe est dĂ» Ă  leurs mĂ©canismes de protection et de rĂ©paration au niveau cellulaire, peu connu encore. De plus, leur symbiose permet aux organismes habitant le lichen d’ĂȘtre plus rĂ©sistants que sans cette association.

Une autre expĂ©rience sur une espĂšce connue pour ĂȘtre trĂšs tolĂ©rante – Circinaria gyrosa – a montrĂ© que mĂȘme l’exposition Ă  une dose de radiation 12.000 fois celle lĂ©tale pour l’humain (6 kilograys de radiations gamma) n’a pas d’effet sur l’espĂšce. Quand la dose est doublĂ©e (12 kilograys de radiations gamma – 2.5 fois la dose lĂ©tale pour les tardigrades), la capacitĂ© des lichens Ă  se reproduire est affaiblie, mais l’espĂšce peut continuer Ă  faire la photosynthĂšse et Ă  survivre. 

Le thalle de Circinaria gyrosa, lichen vagabond collectĂ© dans le centre de l’Espagne (photo de Sanchez et al., 2012)

Les lichens à la base du réseau trophique

Dans les environnements extrĂȘmes qu’ils habitent, les lichens sont les producteurs primaires de la chaĂźne alimentaire et sont sources de nourriture pour beaucoup d’herbivores comme les rennes. Leur absence ou disparition pourrait causer la perte de nombreux individus.

Dans nos rĂ©gions aussi, les lichens sont habitĂ©s par de nombreuses espĂšces comme les coccinelles et les collemboles. Si vous observez attentivement vous pourrez peut-ĂȘtre apercevoir quelques insectes
 MĂȘme les oiseaux utilisent le thalle des lichens pour former leurs nids. Les gastĂ©ropodes se nourrissent aussi du thalle des lichens (voir photo ci-dessous). 

Les lichens stockent du carbone 
Les lichens couvrent 8% de la surface de la terre (Ahmadjian, 1995). Par le processus de photosynthĂšse, les lichens stockent du carbone et libĂšrent de l’oxygĂšne changeant la composition de l’atmosphĂšre. Les lichens ne reprĂ©sentent pas une aussi grande capture de carbone que les arbres qui sont plus grands et massifs, mais ils stockent une proportion importante de carbone dans les villes. De nouvelles recherches indiquent que ces organismes (avec les mousses) absorbent environ 3,9 pĂ©tagrammes (Pg), correspondant Ă  3900 000 000 000 kg de carbone par an, ce qui est d’une magnitude similaire aux libĂ©rations de carbone annuelles dues Ă  la combustion de la biomasse – forĂȘt – (3,6 Pg/an) et celle des combustibles fossiles (7 Pg/an) (Elbert et al., 2012).

De plus, les lichens jouent un rĂŽle majeur dans les cycles biogĂ©ochimiques de carbone et d’azote. Le changement climatique et le changement des utilisations des terres va, trĂšs certainement, influencer la distribution gĂ©ographique et l’activitĂ© mĂ©tabolique de ces organismes. Un effet de rĂ©action pourrait engendrer des consĂ©quences, encore mĂ©connues.


Les lichens ont une valeur intrinsùque, ils comptent juste parce qu’ils existent.

Au total, il y a environ 20.000 espĂšces de lichens identifiĂ©es. Et il y a encore Ă©normĂ©ment d’espĂšces Ă  dĂ©couvrir. Par exemple, dans les Tropiques sur l’üle du Sri Lanka, plus de 3000 espĂšces diffĂ©rentes d’un seul genre, celui des Graphidacea, ont Ă©tĂ© enregistrĂ©es (information qui provient d’une confĂ©rence de la « British Lichen Society »). Au Texas, 7000 espĂšces ont Ă©tĂ© identifiĂ©es alors que 200 sont enregistrĂ©es Ă  la frontiĂšre mexicaine. Cela est trĂšs certainement dĂ» au nombre de lichĂ©nologistes – personnes qui Ă©tudient les lichens – dans le pays, ce qui laisse un espace incroyable pour de nouvelles dĂ©couvertes (information qui provient d’une confĂ©rence du « British Lichen Society »).

Nous pouvons trouver des lichens de toutes les formes et de toutes les couleurs et sur – presque – tous les substrats. Certains lichens vivent sur le cĂŽtĂ© est d’autres Ă  l’ouest du substrat, certains sont compĂ©titifs d’autres vivent sur les ruines de lichens morts. Leur diversitĂ© est impressionnante et en mĂȘme temps frustrante. La probabilitĂ© que l’espĂšce identifiĂ©e ait une jumelle, mais avec une chimie diffĂ©rente est trĂšs Ă©levĂ©e
. De quoi toujours apprendre !

Les lichens ont une valeur intrinsĂšque. On essaie rĂ©guliĂšrement de mettre une valeur sur le vivant et sur les organismes qui nous entourent. Ces mĂ©thodes donnant une valeur (monĂ©taire ou autre) aux ĂȘtres vivants est importante pour les reconnaĂźtre et pour la gestion des ressources naturelles. MalgrĂ© tout, ces mĂ©thodes considĂšrent les organismes comme des ĂȘtres passifs. Les lichens mĂ©ritent leur place dans l’écosystĂšme autant que les humains.

Activité

Pensez Ă  l’environnement dans lequel se trouvent ces lichens. Quels sont les facteurs importants ? L’accĂšs au soleil, l’humiditĂ©, la qualitĂ© de l’air. 

Quel est le type d’habitat ? Y a-t-il des infrastructures qui pourraient ombrager le substrat sur lequel les lichens se trouvent ? Y a-t-il des routes ? Quelle est la source d’émission de pollution ? Est-ce que cette source est proche ou Ă©loignĂ©e ?

À quelle hauteur est le lichen que vous essayez d’identifier ?

Ceci est important, car, par exemple, Ă  la hauteur de la patte d’un chien vous trouverez des lichens qui aiment un environnement riche en nutriments. Les chiens qui urinent Ă  cette hauteur changent la composition chimique de l’écorce et donc, les communautĂ©s de lichens. 

Quel type d’arbre ?

L’espĂšce de l’arbre peut avoir un effet sur les communautĂ©s de lichens. Par exemple, les tilleuls ont tendance Ă  avoir une chimie basique tandis que d’autres arbres comme les sycomores sont plus acides. Avec la pollution dans les villes, les Ă©corces deviennent plus basiques, riches en azote et nous ne voyons donc plus que des espĂšces qui tolĂšrent ces conditions.

Introduction au lichen du genre Physcia, espĂšce adscendens

Nous connaissons maintenant le lichen Xanthoria. Peux-tu le repĂ©rer sur cet arbre ?

Crédits: Xanthoria parietina. Photo prise par Christian Thirion, utilisée avec sa permission. CC BY-SA

J’aimerais vous prĂ©senter le lichen du genre Physcia. C’est un lichen bleu-vert qui est aussi trĂšs prĂ©sent en ville. Le platane que vous voyez en est recouvert. Le platane a son Ă©corce qui pĂšle, ce qui crĂ©e un environnement dynamique pour les lichens. Par contre, lorsque les lichens tombent et sont Ă  terre il y a de grandes probabilitĂ©s que les individus meurent ensuite. 

Les caractĂ©ristiques du Physcia adscendens sont assez simples : 

  • Le bout du thalle (appelĂ© lobe) est en forme de petit chapeau ou de casque. 
  • Si vous avez l’occasion de regarder le lichen avec une loupe, vous apercevrez de petits poils qui sortent du bout du thalle, ce sont des cils. On appelle la surface, ciliĂ©e. On ne sait pas exactement la fonction de ces poils, mais ils reprĂ©sentent une des caractĂ©ristiques de ce genre Physcia
Image trouvée sur le site de la Science Infuse, document accessible ici. Image utilisée avec la permission de Science Infuse.

Si vous vous approchez encore plus prĂšs avec la loupe, vous pourrez voir les macules. Ce sont des parties de couleur blanche sur le thalle. Ce changement de couleur est crĂ©Ă© par une distribution hĂ©tĂ©rogĂšne d’algue. Ces couleurs blanches sont donc la mĂ©dulle (la partie fongique) que nous voyons, car Ă  certains endroits la couche d’algue est absente. 


Note : Le monument juste Ă  votre gauche quand vous regardez l’arbre (et que l’arc du Cinquantenaire est dans votre dos) est un « MĂ©morial aux pionniers belges au Congo« . L’absence de toute indication quant Ă  l’histoire de ce monument – discriminatoire – et l’absence de moyen de conscientisation Ă  sa prĂ©sence m’a personnellement troublĂ©e. Cette promenade est principalement dĂ©diĂ©e aux lichens et dans un sens Ă  la dĂ©colonisation des villes par l’inclusion d’organismes autres qu’humains. NĂ©anmoins, je vous encourage Ă  faire plus de recherche et de regarder ce que le Collectif des MĂ©moires Coloniales et Lutte contre les Discriminations (CMCLD) propose, ici


Références

  • Ahmadjian, V. (1995). Lichens are more important than you think. BioScience45(3), 124.
  • Elbert, W., Weber, B., Burrows, S., Steinkamp, J., BĂŒdel, B., Andreae, M. O., & Pöschl, U. (2012). Contribution of cryptogamic covers to the global cycles of carbon and nitrogen. Nature Geoscience5(7), 459-462.

Dans notre prochaine Ă©tape nous parlerons de la symbiose et des questions que ce phĂ©nomĂšne nous pousse Ă  nous poser !Suivez-moi jusqu’au Parc LĂ©opold đŸ‘‡đŸŸđŸ‘‡đŸŸ

Si tu ne continues pas la balade, peux-tu nous donner ton avis sur ton expĂ©rience ici ? Ça nous permettra de nous amĂ©liorer !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icÎne pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez Ă  l’aide de votre compte WordPress.com. DĂ©connexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez Ă  l’aide de votre compte Google. DĂ©connexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez Ă  l’aide de votre compte Twitter. DĂ©connexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez Ă  l’aide de votre compte Facebook. DĂ©connexion /  Changer )

Connexion Ă  %s

%d blogueurs aiment cette page :